Dans les pays développés, lorsqu’une entreprise décide de mettre en place un site web pour la présentation de son activité elle sait plus ou moins à qui s’adresser et combien payer. Mais lorsqu’il s’agit des entreprises en Afrique subsaharienne, cela peut devenir un véritable casse tête. Bien souvent, le plus difficile pour l’entrepreneur (ou le chef d’entreprise) est de déterminer la valeur ajoutée que pourrait apporter un site web à son affaire. C’est à partir de cette information qu’il pourra définir un budget pour une éventuelle réalisation. Le site étant un outil de communication supplémentaire.
Soit une entreprise africaine de moins de 50 salariés qui fait un bénéfice dans la moyenne des entreprises du pays dans lequel il se trouve. Supposons qu’elle désire avoir un site web. Nous allons d’abord nous intéresser aux développeurs web qui pourraient s’occuper de la réalisation.
Le salaire mensuel d’un développeur web en Afrique subsaharienne
La notion de facturation à l’heure de travail n’est pas très répandue en Afrique. Donc difficile d’établir une méthode universelle pour la facturation. Mais nous allons déterminer la facturation en fonction du nombre de jours de travail. On peut estimer le salaire net moyen d’un développeur web (que l’on appelle “Intégrateur”) diplomé avec au moins 3 ans d’expérience à environ 300 000frcfa (il y a de fortes chances que ce soit 400 000frcfa ou 250 000fcfa). Bien sûr, on ne parle pas ici de développeur de logiciels ou d’applicatifs. Pour ce métier il faut compter au moins 450 000frcfa en moyenne. Donc si nous revenons au cas du développeur web (l’intégrateur), on se retrouve avec un salaire annuel de 3 600 000fcfa. En estimant qu’il y a environ 250 jours de travail effectifs dans l’année on se retrouve à environ 14 400frcfa/jour qui est (d’après nos hypothèses), le salaire journalier net d’un développeur web. Dans le cas des développeurs indépendants, il faudrait compter 2,5 fois plus car ils supportent des charges que les salariés ne supportents pas. Ce qui fait 2 x 14 400 = 28 000frcfa.
Combien de temps faut-il pour développer un site institutionnel (avec environ 5 pages) ?
Cela dépend énormément des compétences (savoir-faire) du développeur. Et ici on est bien dans quelque chose qui n’est pas spécifique à l’Afrique. Je suis de ceux qui estiment q’un développeur, fût-il africain, à tout ce qu’il lui faut pour être au même niveau qu’un développeur européen ou américain ou encore, indien. Les ressources en ligne constituant la meilleure école. Ainsi, après 3 ans, un développeur doit être capable de développer au moins une page web (de complexité moyenne) par jour. Et pour y arriver il a dû accumuler les bouts de code utiles de sorte qu’il ne soit pas à chaque fois obligé de réinventer la roue. Aussi un développeur est sensé être très rapide au clavier. Si vous êtes développeur et que vous n’en êtes pas à ce niveau, vous devez vous poser des questions. Et surtout, vous gagnerez à vous améliorer avant de commencer à proposer vos services. Enfin pour être un peu large on dira qu’il faut 7 jours pour développer un site institutionnel de 5 pages avec un design original mais assez simple.
Ce que le développeur devrait encaisser
A 28 800frcfa/jour, le développeur (indépendant) devrait encaisser (7 x 28 800) = 252 000frcfa. Nous estimons que 40% (100 800frcfa) de cette somme est réservée aux charges de prospection et aux taxes. Ne perdons pas de vu que le développeur indépendant ne prospecte pas de la même manière qu’une grosse entreprise. Il reste donc 151 200frcfa net pour le développeur. Il y a environ 20,5 jours ouvrés dans le mois. On suppose donc que le développeur ne pourra réaliser que 2 sites maximum par mois. Le reste du temps étant consacré à la prospection et à l’auto-formation. Et oui, un développeur indépendant doit toujours apprendre encore plus. Plus il en saura, meilleurs ses travaux seront, et plus il pourra facturer. Dans tous les cas, on voit bien qu’avec 2 sites par mois, le développeur indépendant s’en sort aussi bien que les salariés qui ont moins d’impératifs.
En réalité
Lorsque je demande à mes amis développeurs africains avec qui je suis connecté (via email, facebook, twitter, …) combien ils prendraient pour un tel site, j’ai à la fin une fourchette comprise entre 500 000frcfa et 1 000 000frcfa. Sauf que s’il leur faut plus de 10 jours avant de livrer, alors ils ne sont pas dans le coup/compétition. 500 000frcfa correspond bien à 2 fois ce que (252 000frcfa) nous avons établi avec nos hypothèses. Le problème est que, très peu de développeurs arrivent à livrer en moins de 7 jours. Or il gagneraient à livrer en 4,5 (ou 5) jours. On revient donc sur le fait de “capitaliser” en terme de bouts de code et autres éléments génériques. Au fond, si l’on se lance dans le business de développement de site web, il faut à la limite, avoir mis en place son propre cms (Content Manager System) afin de consacrer les 5 jours au design et aux spécificités du client.
Le deuxième groupe d’amis qui represente des entreprises technologiques propose lui une facturation à hauteur de 1 000 000frcfa minimum. C’est compréhensif, vu que ces entreprises ont des charges supplémentaires tel que la gestion de leur image et de leurs commerciaux.
Ce que l’on peut rajouter
en fonction des cas, l’on peut facturer au client plusieurs autres éléments :
- la gestion de son contenu,
- le nom de domaines,
- les adresses email,
- l’hébergement du site web,
- l’ultra disponibilité,
- le community management,
- l’amélioration du design tout les 6 mois,
- ..
Et c’est là que le développeur peut faire de l’argent. Les activités mentionnées ne demandant pas beaucoup de temps de travail.
Les nouveautés
Depuis quelques temps, à Abidjan, l’on trouve de petites pancartes publicitaires sur les panneaux des feux tricolores. Ces pancartes indiquent que l’auteur propose de créer des sites web à 0 frcfa. Certains de ces auteurs ont été approché par Yoro (Israel Yoroba) . Et il en resulte que ces développeurs ne facturent pas la création du site mais misent tout sur certains des éléments cités dans le chapitre ci-dessus. Ce qui reviendrait à environ 300 000frcfa/an pour le client. Mais, ceux qui ont déjà vu ces sites disent que les templates présentés sont assez simpliste. Mais l’argument de poids de ces développeurs est la mensualisation due des factures. Bien des personnes se sont plainds d’eux. Mais je suis plutôt d’accord avec cette méthode. Car, si l’on prend en compte le fait que le client peut ne pas honorer ses mensualités. Tous savons comment le recouvrement est difficile en Afrique. Surtout si le client n’accorde pas beaucoup d’importance au service rendu.
A quoi peut bien servir un site web pour une entreprise en Afrique ?
Dans tout métier, pour transformer un prospect en client, il faut arriver à lui faire comprendre qu’il a besoin de votre produit. Et à ce jeu, les développeurs africains ont encore un peu de mal. En Afrique, les chefs d’entreprise ne font confiances qu’aux affiches publicitaires, à la radio ou à la télé. S’il veulent signer des contrats, les développeurs doivent les emmener à essayer ce nouveau média qu’est le web.
Convaincre les chefs d’entreprise n’est pas facile
En discutant avec des quelques développeurs indépendants basés en Afrique, je me suis aperçu qu’ils ont beaucoup de mal à vivre de leurs métiers. Ils arrivent difficilement à avoir des contrats. Et bien souvent, lorsqu’ils en ont, ils ont du mal à facturer correctement. Les clients ne donnant pas beaucoup d’importance à leur travail. La vérité est qu’ils ont du mal à convaincre les chefs d’entreprise. Pour ces derniers qui ce n’est pas facile me dit-on. Pourtant une poignée s’en sort très bien grâce à des petites astuces.
Les développeurs devraient éduquer les prospects et les clients
Pour un marché naissant comme celui du web en Afrique, les développeurs ont une charge supplémentaire en plus de leur travail technique. Il doivent “éduquer leurs clients”. C’est à dire prendre le temps de leur apprendre le minimum. A savoir ce qu’est le web et toutes ces choses liées aux technologies de l’internet et du mobile. C’est ce travail préalable qui valorisera l’offre de service technique. Une méthode toute simple consiste à tenir un blog ou une newsletter.
Au fond un site internet peut coûter 0fr si le client estime qu’il n’en a pas réellement besoin. Mais, je peux vous assurer que si ce dernier reçoit des appels de client lui indiquant être passer par internet pour trouver le numéro, il sera disposer à vous rémunérer. A partir de cet instant, vous pourriez lui faire payer. A vous de trouver le moyen d’identifier chaque prise de contact générer par le site. De nombreux outils existent pour ça. L’un des moyens est de mettre à disposition des internautes un code (une sorte de code promo) à communiquer à votre client lorsqu’ils l’appelle.
Pour finir
Si vous êtes développeurs, n’hésitez pas à nous partager votre expérience pour ce qui est des soucis que vous rencontrez lorsque vous devez facturer à hauteur du service que vous rendez. Votre expérience sur le recouvrement de vos créances serait la bienvenue. Pour finir, vous pouvez aussi donner votre avis sur la somme moyenne à facturer pour les sites web comme celui indiquée en introduction.


Combien coûte un site web en Afrique subsaharienne ?